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Ce que disent les astres
Femina (Suisse), le
21 décembre 2003 Aujourd’hui, on ne vous demande plus quel métier vous faites, on vous demande de quel signe vous êtes. Nouveaux gourous des temps modernes, les astrologues s'en frottent les mains. Vous êtes Scorpion? Réjouissez-vous! Le cosmos sera à vos pieds durant l’année 2004. Taureau? Détendez-vous, vous n'aurez aucun souci d’intendance. Jupiter veillera au grain. Lion: Ce n’est pas parce que vous allez bénéficier de la protection de Pluton, que le monde vous appartient! Saturne pourrait faire tourner le Bélier en bourrique et faire basculer la Balance. Prudence les Verseau: La déprime guette ceux d'entre vous qui consultent leurs prévisions astrologiques dans le magazine Voici. Rassemblez vos forces et foncez au kiosque le plus proche, Femme Actuelle vous a concocté un avenir astral des plus favorable. Concurrence oblige, les marabouts de service rivalisent d’interprétation pour vous annoncer à quelle sauce astrale vous serez mangé en 2004. Une certitude, de l'entrée au dessert, il y en a pour tous les goûts. L’astro pour l'an nouveau, c’est comme le beaujolais primeur, on y a droit tous les ans à la même époque. De décembre à janvier, la presse populaire et les magazines féminins vivent sous le joug de la puissance céleste, sans parler du cru d’Élisabeth Teissier qui fait un malheur chaque année. Ses prédictions s’arrachent à plus de 150’000 exemplaires… À vous dégoûter d’écrire des Prix Goncourt. Difficile de ne pas succomber à la tentation de jeter un œil (amusé ou convaincu) sur ces destins préfabriqués qui envahissent le marché. Si notre époque opaque est propice aux clairvoyants, elle est nettement moins à notre porte-monnaie... Les pieds sur terre «Inutile d’attendre des miracles d’un truc qui répartit de façon simpliste l’humanité en douze catégories!» C’est à un Bélier ascendant Sagittaire que l’on doit ce pavé dans les étoiles. Pas étonnant, Flavia Giovannelli vit depuis 38 ans sous l’influence de la planète Mars... Signe particulier? Journaliste et astrologue. Entre deux collaborations (notamment avec M6 et Le Matin pour son horoscope online), elle scrute le ciel sur demande, en privé ou via Internet. Si elle a la tête dans les astres, elle garde néanmoins les pieds sur terre. «Il ne faut pas confondre astrologie et horoscope» poursuit-elle «Chaque individu naît avec sa propre configuration astrale, d’où l’aspect très généraliste des horoscopes. Impossible de donner autre chose que les grandes tendances. De plus, on est obligé de ménager les susceptibilités…» Pour savoir plus sérieusement ce que les astres nous réservent, il faut se baser sur du concret. Date, heure et lieu de naissance sont indispensables pour établir un cliché du ciel digne de ce nom. Ce calcul n’a rien de sorcier, il est mathématique, établi et vérifié par des astronomes paraît-il. La suite divise: doit-on accorder du pouvoir aux astres? Les astrologues en sont convaincus, la plupart des scientifiques dénoncent une vaste fumisterie et les curés accusent les astrologues de leur piquer leurs fidèles. Le débat est loin d’être clos. Mais revenons à nos constellations. Tout l’art (ou le problème) de l’astrologie réside dans l’interprétation, généralement très subjective, que font les gourous modernes de notre carte du ciel. «Cette profession n’est absolument pas réglementée et de nombreux charlatans ne se gênent pas pour exploiter la crédulité des gens» prévient Flavia Antonnelli. «Pour entrer dans le jeu des prévisions, il faut admettre le risque d’erreur et savoir qu’il est quasiment impossible de prévoir un événement à une date précise.» On la croit volontiers. Si c’était le cas, les employés des Twins Tower seraient restés à l’abri sous leur couette le matin du 11 septembre 2001 et l’été dernier, le gouvernement français aurait pris les devants en supprimant les vacances de ses concitoyens pour les obliger à aller donner à boire à leurs aïeuls. Hélas, la parole des astres n’empêche pas les désastres. N’empêche, elle garde la cote auprès des intellos et la clientèle de Flavia Antonnelli est loin d’être tombée de la dernière pluie. «Plus qu’une réponse, les gens attendent une confirmation à une décision qu’ils ont déjà prise. L’explication de leur caractère par le zodiaque leur permet de mieux cerner leur personnalité. Une meilleure connaissance de soi aide souvent à dissiper des doutes. Côté prévisions, je reste toujours prudente, je n’ai pas la prétention d’avoir la science infuse. Mais d’une manière générale, ils sortent rassurés.» Et de préciser «Nous remplissons une fonction de soutien psychologique, c’est indéniable. Les gens ont besoin qu’on leur parle d’eux…» Un ego en déroute? rien de tel qu’une séance d’astrologie pour le remettre d’aplomb. Parce que, quoi qu’en dise le très médiatique psychanalyste français, Gérard Miller, ça reste moins chère qu’une heure de divan. Deusio, les astrologues sont plus complaisants que les «docteurs Freud». Demandez à Madame Irma de se taire sur votre part d’ombre, elle s’exécutera. Essayez avec un psychanalyste, il n’acceptera que si il est financièrement contraint de vous garder comme patient à vie. Un Moi sous influence C’est dans un élan sidéral que Gérard Miller s’est attaqué aux douze signes du zodiaque. Résultat? un pastiche corrosif de deux cents pages qui nous pousse à nous interroger sur notre besoin collectif de croire que notre destin est écrit noir sur blanc. L’astrologie aurait pour vocation de faire taire nos angoisses existentielles, ce qui n’est pas le cas de la science. Consulter un astrologue, c’est s’en remettre à «un Autre qui en sait plus que vous sur vous-même» explique-t-il en substance. En ces temps incertains, ça soulage. «Le monde n’est plus indifférent ou hostile, il s’établit entre lui et vous une relation singulière, humanisée. À partir du moment où n’importe qui nous tend son oreille, nous donne son attention, nous ne mesurons plus à quel point ce qu’il dit fait écho en nous. Surtout quand il réfléchit à partir d’éléments aussi limités et passe-partout que les signes du zodiaque! Avec quel naturel chacun de nous vient s’inscrire dans l’un de ces douze destins prêt-à-porter!» Miller n’en fait pas mystère, le marc de café n’est pas sa tasse de thé. Ce qu’il tend à démontrer c’est que chaque individu rassemble des traits de caractère appartenant indifféremment à l’un ou à l’autre signe et qu’il suffit de les mettre ensemble pour obtenir «une photo de vous-même plus ressemblante que tous les clichés astrologiques.» «Le Taureau aime les plaisirs de la table autant que ceux du lit.» écrit-il «Cela lui complique l’existence, comme s’il ne savait jamais à quel sein se vouer. La solitude le meurtrit? Il enfle. Une nouvelle rencontre? Il maigrit. Il aime et pense être aimé? Il fond. Une déception sentimentale menace? Il regrossit. C’est la rupture? Il engraisse de plus belle, épaissit, gonfle et explose. Inutile de demander à un Taureau comment vont ses amours – pesez-le.» Combien d’entre nous (hormis Bernadette Chirac, Jean-Paul II, Jacques Dutronc et Saddam Hussein, tous natifs de ce signe et dont la ressemblance est confondante) se retrouve-t-il dans cette description? À défaut de rassurer les angoissés du lendemain, il y a matière à se détendre les zygomatiques. Dans la foulée, osons quelques prévisions pour l’année 2004... En cette période de fête, passons sur la facilité de prédire des indigestions et autres crises de foie aux signes réputés gourmands et attaquons-nous directement aux grandes préoccupations. Une opposition planétaire s’installera au début de l’année sur le toit de la Maison Blanche. Le Cancer ascendant Lion, G. Bush Junior pourrait en faire les frais. Mars chahutera sa cote de popularité et il ne suffira pas au candidat Bush d’aller tirer les Rois avec ses boys à Kaboul le jour de l’Épiphanie pour rendre les cieux plus cléments. Terrorisme international: Les astres sont malheureusement formels : Des barbus chercheront encore à s’éclater dans les mois qui viennent. Bonne nouvelle en revanche du côté de la circulation routière: Il n’y aura aucun bouchon sur l’autoroute du Soleil le lundi de Pentecôte. En Suisse, l’automne pourrait une nouvelle fois être gâché par la hausse des primes d’assurances maladie. Et pour terminer, cette certitude qui n'a rien d'astral: De grosses rentrées d’argent sont prévues pour les marchands de bonheur et les oiseaux de malheur du monde entier. A lire «Faut-il
croire en l’astrologie?», Flavia Giovannelli, Ed. de l’Hèbe, 2003 |