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La vie format bonsaï
Femina (Suisse), le
14 mars 2004 Réduits, portionnés, fractionnés, saucissonnés, les miniproduits font le maximum pour s'adapter à notre culture de nomades urbaines. Petite saga d'une tendance très contemporaine. Mini voiture, microportions et monodoses ont investi le marché. Snacking (grignotage) oblige, plus c’est petit, plus c’est mimi. Plus on craque, moins on culpabilise. Encore que... Et cette manie de la «bonzaïsation» se généralise avec notre culture de la mobilité. Qui dit produit nomade dit petit format. Les téléphones portables affichent la taille d’une carte de crédit, ce qui nous oblige à composer les numéros avec un cure-dent, mais qu’importe, ils sont tellement jolis! Les caméras numériques rentrent dans un paquet de blondes sans filtre, les micro-ordinateurs se rangent dans une trousse de toilette et les magazines féminins version mini s’égarent dans un sac à main. On réduit, on portionne, on fractionne, on saucissonne. Tout… y compris notre vie! Une mini brioche en poche, un mini i-Pod à la ceinture, un parfum «one shot» autour du cou, un lift immédiat en dosette et des préservatifs «small size» au fond de notre sac à dos format lilliputien, nous voilà parées à toute éventualité. Parce que la philosophie mini pour les hédonistes que nous sommes, c’est: «Où je veux, quand je veux!» Et l’essentiel toujours à portée de main. Lilliput attitude «Charmant nomade cherche snackeuse pour partager mini Mars entre 5 et 7. MMS bienvenu». Jojo (c’est son petit nom) saute sur cette petite annonce dans son canard favori et allume son micro-ordinateur en avalant son petit café et ses minis croissants. Connecte son minuscule Nokia (qui sert aussi à se tirer le portrait), et moyennant un mini câble, relie le tout à son imprimante portable. Le tour est joué, voilà les clichés miniatures couchés sur papier glacé. Reste à choisir lequel de ces timbres postes elle va envoyer au beau nomade qui l’attend pour le goûter. Trois mini-Babybel plus tard, elle lui fait parvenir un SMS, accompagné d’un MMS de sa bobine au volant de sa titine (une Mini vert pomme). Réponse fulgurante: «rv asap ds m F2, ght micro boun’ty taten a+» (traduction: «Rendez-vous «as soon as possible», soit «dès que possible» dans mon deux pièces, j’ai acheté des micro Bounty, je t’attends, à plus»). Jojo enfile son petit manteau, monte dans sa petite auto et fonce chez son petit chéri pied au plancher. La dînette terminée, elle a un petit creux. En rentrant dans son studio, elle se commandera des mini sushis livrables en un quart d’heure, pile pour le «6 minutes», les infos vite consommées, vite digérées et vite débarrassées sur M6. La Smart a remplacé la Peugeot et les tapas les menus dégustation. Aux grands voyages, on préfère les sauts de puces, aux longs discours, les haïkus, aux romans-fleuves, les nouvelles; à la lecture des quotidiens la revue de presse de Michèle Cota; aux longs-métrages les clips, aux rendez-vous amoureux, les soirées «speed dating» (7 minutes chrono pour séduire). Si à l’issue de ce mini papier vous avez un méchant coup de blues, confiez donc vos petits malheurs à un psy qui vous fera découvrir le goût des petits plaisirs à coup de thérapies brèves. Parce que si aujourd’hui le mini Mars a du succès, le bonheur minuscule, lui, fait fureur. |