|
La révolte des nonos
Femina (Suisse), le
23 mai 2004 Allergiques aux marques et aux étiquettes, les nonos refusent la consommation de masse. Us et coutumes d’une nouvelle tribu issue de la contestation bourgeoise. Il y a eu les bobos, les bourgeois-bohèmes, tendance gauche homard, bien insérés et bien payés, voilà les nonos. “No-no” pour non et non. Non à la tyrannie des marques, non à la publicité et aux slogans idiots, non à l’uniformisation, non à l’alimentation standardisée. Le comportement no-no s’inspire du pamphlet anti-marques de la journaliste et altermondialiste canadienne Naomi Klein “No logo”, un best-seller à sa sortie il y a trois ans. Depuis, le nono a fait de la négation sa religion et de ses (nombreuses) contradictions, une nouveau mode de consommation. Parce qu’il ne boude ni le luxe ni les plaisirs du shopping. Au placard les Prada, Kenzo, Galliano et autre Vuitton! Place aux “non-marques” (labellisées), au sur-mesure et à la récup. Aux vulgaires logos, le nono préfère les étiquettes blanches du styliste belge Martin Margiela dont les créations se vendent à prix d’or dans des boutiques sans nom. Le nono craque aussi pour les “non-produits” comme la montre “No time” qui ne donne pas l’heure vendue chez Colette à Paris ou pour le sac “No bag” de Lancel qui est un sac à main sans être un sac à main. Concrètement, c’est une pochette plate adaptable sur n’importe quel autre sac ou valise… de la marque. On se pince. Nonoland Dans la famille nono, prenons Camille. 32 ans et encore étudiante aux Beaux-arts. Depuis qu’elle a rejoint le cercle des “logophobes”, cette artiste et militante organise régulièrement des “performances dégriffe” dans son trois pièces-cheminée (hérité de sa tante Agathe) avec ses amis nonos. Le but? En découdre avec ces satanées marques qui ont trop longtemps envahi leur dressing. Yamamoto, Chanel, Gaultier, mais aussi Nike ou Levi’s, tout y passe. Les étiquettes sont découpées, les logos sont dissimulés au marker indélébile ou aplatis à coup de marteau (pour les boutons métalliques des 501). Détournés et nettoyés de toute empreinte commerciale, ces habits seront enfin dignes d’être portés. Pas question pour un “no logo” d’être assimilé à autre chose qu’à lui-même! Il est unique et il le sait, raison pour laquelle il tient à se démarquer de la majorité laborieuse asservie au diktat de la consommation. Toujours à l’affût de l’objet unique, le nono est aussi très “vintage” (le vieux qui peut encore servir). Et pour Camille, qui va souvent chiner, la récup’ est un acte politique au même titre qu'acheter des meubles en bois certifié “forêts indigènes gérées dans le respect de la nature”. Politiquement nono Le nono n’a fait ni Seattle, ni Gênes, ni Evian, mais il est archi solidaire. Il prône la consommation responsable, gère son (gros) bas de laine avec des placements éthiques et écoute de la world music en lisant le Monde Diplo. Il condamne en vrac les OGM, les colorants alimentaires, les multinationales et la guerre en Irak. Et si comme Camille, il refuse de faire flotter le drapeau “pace” à sa fenêtre pour ne pas faire comme ses voisins, il achète néanmoins les bananes Max Havelaar, issues du commerce équitable. Surtout depuis qu’il a découvert les problèmes du Tiers Monde, en allant au (très branché) Festival du film Medias Nord-Sud qui se tient chaque année dans la cité de Calvin. |