À vos risques et périples !

Femina (Suisse), le 7 mars 2004
Yannick Van der Schueren

Outre la menace terroriste et les risques de crash aérien, voyager n’est pas sans danger. Inventaire des petits et gros tracas qui guettent les touristes en quête d’exotisme.

“Anus horribilis !” aurait décrété la reine d’Angleterre pour parler du tourisme international en 2003. La faute à qui ? À la guerre en Irak, à l’épidémie de pneumonie atypique (SRAS) et à la canicule, paraît-il. Même les Suisses, pourtant réputés pour avoir la bougeotte, ont succombé (à raison !) aux plaisirs du cocooning. En deux ans, 30% de candidats aux voyages en moins avancent les voyagistes helvétiques. Et 2004 s’annonce mal. La catastrophe aérienne de Charm el-Cheikh et l’épizootie de grippe aviaire qui menace de muter en pandémie a déjà filé la chair de poule à la moitié de la planète. Les professionnels ont donc décidé de réagir. Pour inciter les récalcitrants à reprendre le chemin des antipodes, les plus malins viennent d’annoncer une baisse de 10% sur les séjours balnéaires pour l’été prochain. Mais attention qui dit tarifs alléchants ne dit pas vacances plan-plan ! Et non, il ne suffira pas d’éviter les charters douteux et la compagnie des volatiles souffreteux pour échapper au pire. Accrochez-vous et suivez le guide.

Ne pas mourir idiot

Pour s’affoler ou se rassurer, mieux vaut s’informer. Avant d’embarquer, un détour par les pages “Voyager et vivre à l’étranger” sur le site du Département fédéral des affaires étrangères* s’impose. Et comme deux avis valent mieux qu’un, un coup d’œil sur le site gouvernemental** de nos voisins français (très explicite et plus pragmatique) n’est pas inutile. L’un dans l’autre, vous aurez la liste des horreurs qui vous attendent. Épidémies, séismes, ouragans, risques nucléaires, attentats, conflits, vols, agressions, tout y est, ou presque…

Prenons l’Australie, une destination considérée comme une des moins risquées au monde (en dehors de nos pénates évidemment) et très prisée de nos compatriotes. La diplomatie française nous signale un possible retour du STRAS; attire notre attention sur la polyarthrite fébrile qui sévit dans quelques régions très touristiques (trois fois rien, cette maladie tropicale est pénible, mais pas fatale) et sur une montée notoire des agressions à caractère sexuel dans certains quartiers de Sydney. De son côté, le DFAE insiste sur les risques liés au terrorisme international, ce qui est loin d’être un scoop. Or, dans un rapport publié en décembre dernier par le Bureau des statistiques australiennes, on apprend qu’au cours des six dernières années, 2244 touristes ont laissé leur peau au pays du kangourou –370 en moyenne par an. Dans cette lointaine contrée, le danger ne se limite pas à servir de déjeuner aux squales nous dit-on, les attaques de crocodiles et les disparitions dans l'arrière-pays se multiplient. Par ailleurs, “les touristes risquent plus que les Australiens de se noyer, d'être victimes d'un accident de voiture ou de faire une crise cardiaque et les hommes risquent deux fois plus de mourir pendant leur voyage que les femmes.” 

Comme quoi, les informations des gouvernements occidentaux ne sont pas infaillibles. Mais si elles ne remplacent pas une assurance vie, elles constituent néanmoins une source plus fiable que les recommandations de certains voyagistes plus soucieux de vous fourguer un périple-galère en pension complète que de vous revoir en bonne santé.

Attachez vos ceintures

Côté transports, les statistiques sont formelles, l’avion est plus sûr que le train et le bateau. Il n’empêche que pour un passager sur cinq, la simple vue d’une carlingue suffit à déclencher une crise d’angoisse. À peine installés, les planophobes sont pris de sueurs froides, de palpitations, de tremblements incontrôlables ou encore de crises de tétanie. Pour remédier au problème, deux solutions: tenter de vaincre sa peur avant de partir, en allant suivre le séminaire organisé par la compagnie Swiss (à 900 CHF les deux jours, faut rentabiliser) ou se rabattre sur l’apéro et les anxiolytiques une fois à bord. Dans un état semi-comateux, les trous d’air et les bruits suspects ne suscitent plus la moindre réaction. 

Autre alternative qui rassure les traumatisés du drame de Flash Airlines: voyager séparément. Marie Dominique, cadre sup’ et mère de trois enfants, confiait récemment au magazine français le Point que si elle et son mari voyageaient sans leurs progénitures, ils prenaient systématiquement deux avions différents. “En cas de crash, on sait qu’il en restera au moins un pour les élever. Par contre, on préfère mourir tous ensemble” avait-elle précisé. Voilà des gens prévoyants. 

Mais revenons à ce que l’on risque si l’avion ne tombe pas. Le “syndrome de la classe éco” ou thrombose concerne tous les prolos qui n’ont pas de quoi pour s’offrir le confort d’une première. La station assise prolongée dans un espace confiné (traduisez avoir les genoux sous le menton) peut entraîner la formation d’un caillot dans les membres inférieurs. À l’atterrissage, il arrive que ce caillot vienne boucher une artère pulmonaire, bref, c’est une sale histoire qui peut très mal se terminer. Alors un conseil : buvez (de l’eau, pas du pinard) et bougez ! N’hésitez pas à faire régulièrement les cent pas dans les travées. En cas d’embouteillages, une simple gymnastique des pieds fera l’affaire: flexion, extension, rotation. Si, si, c’est faisable, même plié en quatre. On peut aussi opter pour les bas de contention -peu glamours, mais efficaces. 

Le cauchemar aérien terminé, vous imaginez sans doute être au bout de vos peines. Que nenni ! Voilà pas que votre valise arrive toute cabossée sur le tapis roulant, pire, elle n’arrive pas du tout. Chaque année, des milliers de bagages sont égarés dans les aéroports du monde entier. En général, on finit par les retrouver, mais ça peut prendre du temps. Inutile d’aboyer comme un pitbull sur l’employé chargé d’enregistrer votre plainte, il n’y est pour rien et surtout gardez votre énergie, vous en aurez besoin.

Jetlag et humeur massacrante mis à part, vous voilà arrivé en bonne santé. Profitez-en parce que ça ne va probablement pas durer. Avant de jeter votre dévolu sur un taxi-brousse ou de rejoindre le centre de Calcutta en rickshaw, sachez que les accidents de la route représentent 25% des causes de mortalité chez les voyageurs, c’est la première cause de rapatriement sanitaire, avant les noyades, les accidents de plongées et les maladies.

Pour obtenir des conseils médicaux à gogos, rendez-vous sur Safetravel.ch. Vous y trouverez aussi la liste détaillée de toutes les pathologies que vous êtes susceptible de ramener (effrayant). Parce que même survacciné et hyper-nivaquiné, nul n’est à l’abri des parasites, bactéries, virus et autres protozoaires malintentionnés. Il faut savoir que ces êtres primitifs et microscopiques n’ont qu’une ambition dans la vie: vous gâcher vos vacances. La turista (diarrhée du voyageur) est le moindre mal et elle est pour ainsi dire inévitable. Le paludisme (malaria), la fièvre typhoïde, l’amibiase, la dengue et tout l’alphabet des hépatites -pour ne citer que les classiques- n’épargneront ni les insouciants ni les imprudents.

Les araignées, les scorpions et les serpents ne sont pas non plus des compagnons de route bienveillants. Prenez le “ naja nigricollis ” que l’on rencontre fréquemment en Afrique du Sud. Figurez-vous que ce serpent cracheur peut projeter son venin à plus de deux mètres et qu’en plus (c’est dire à quel point il est tordu !), il vise les parties brillantes de la tête, en l’occurrence, les yeux. De quoi éprouver de la sympathie pour la famille d’ignobles cafards qui squatte votre salle de bain.

Par principe, mieux vaut garder ses distances avec nos “ amies ” les bêtes. En Inde par exemple, les cas de touristes piétinés par des vaches -non pas enragées, mais sacrées- ne sont pas exceptionnels. Habituées à être vénérés, ces bovidés sont facilement contrariés.

Un mot encore sur l’ennemi numéro 1 du bourlingueur: le moustique. Au pire, il vous transmettra une des nombreuses maladies dont il est porteur, au mieux il vous empêchera de dormir, ce qui finira fatalement par vous saper le moral. 

Des papillons dans le compteur

 Décalage horaire, stress, fatigue et, oh comble de l’horreur, choc culturel… rien ne va plus. Certains globes trotteurs se mettent alors à travailler du chapeau. Comportements absurdes, délire, angoisse, paranoïa, agressivité, malaises physiques. C’est la fin du voyage et le retour en urgence… aux urgences psychiatriques (10% des causes de rapatriement !) C’est moche, mais pas irréversible précise-t-on dans la consultation spécialisée de l’hôpital de l'Hôtel-Dieu à Paris qui accueille ces touristes désorientés. 

 Franchement, que de calamités en perspectives ! Pourquoi tant d’empressement à vivre si dangereusement ? Alors qu’avec un peu d’imagination, les joies du divan, c’est que du bonheur pour pas un rond !