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Les prostituées... et autres protagonistes du sexe
Femina (Suisse), le
26 octobre 2003 La prostitution ne connaît pas la crise. Toujours plus diversifié, le marché suisse s'est banalisé. mais qui sont ces femmes qui vendent leurs corps volontairement, que demandent leurs clients, quel est le rôle des proxénètes et que fait la police? Plongée sans jugement ni tabou dans l’univers du sexe tarifé. Régulière ou occasionnelle, de rue, de salon, de luxe ou sur Internet, la prostitution est une réalité sociale incontournable. Si cette activité est le plus souvent réprouvée, elle n’en est pas moins légale. En Suisse, depuis 1992, le Code pénal ne poursuit plus le commerce du sexe entre adultes consentants, et pour autant qu’il n’y ait pas encouragement, les activités qui consistent à tirer des revenus de la prostitution d’autrui –en clair le proxénétisme– ne sont plus un délit. Morale mise à part, il convient de distinguer les femmes qui se prostituent sous la contrainte de réseaux mafieux ou parce qu’elles sont prises au piège de la toxicomanie, des femmes pour qui c’est un choix et qui exercent leur métier de manière indépendante. Aucune ne parle de "vocation", les jeunes ne rêvent pas de devenir prostituée comme on rêve de faire médecine. Sans compter qu'elles vendent rarement leurs corps pour le plaisir, mais simplement pour l’argent. Pour certaines, c’est un travail à plein temps comme un autre. Ni plus, ni moins. Elles en parlent sans détour, sans complaisance et sans culpabilité. Milena, professionnelle du sexe “150 francs le rapport ou la fellation. Le reste, c’est à la carte dans notre “menu des plaisirs”. Non chéri, je ne fais pas de tarif jeunes, c’est le même prix pour tout le monde !… La quarantaine, taille moyenne, châtain clair.” Milena n’est pas le genre à s’en laisser compter. “J’ai parfois 100 téléphones par jour et pas un client à la porte! L’attente, c’est ce qu’il y a de plus de difficile dans ce boulot. L’argent se gagne peut-être rapidement, mais jamais facilement.” Au turbin sept jours sur sept, il faut apprendre à tuer le temps. Café, clope. Clope, café, télé. Son émission préférée ? “C’est mon choix” sur France 3. Rien d’étonnant. Cette femme de 48 ans a opté pour la prostitution il y a plus de vingt ans. “J’aurais pu être caissière, mais en me prostituant je suis plus libre et je gagne mieux ma vie, l’important, c’est d’être à l’aise avec ce qu’on fait. Je travaille en professionnelle. Règle numéro 1 : être honnête avec les clients ! Il y a trop de filles qui ne sont pas correctes dans le milieu. Je ne casse pas les prix, jamais de rapport sans préservatif, pas de domination, pas de soumission ni de scatologie dans la maison et si je ne sens pas un client, je ne le reçois pas.” Cette femme au tempérament bouillonnant a toujours assumé ouvertement ses activités. Une démarche qu’elle paie encore très chère aujourd’hui. Peu ou pas d’amis, une mère qui l’a reniée depuis belle lurette et un fils de 23 ans qui ne veut plus la voir. “Ça fait mal, mais je n’ai pas honte de ce que je fais. J’aimerais être aimée pour ce que je suis, c’est sans doute trop demander. Que tu fasses ce boulot un jour, six mois ou trente ans, c’est pareil. Pour les autres tu ne seras toujours qu’une pute.” Solitude pour solitude, Milena a préféré quitter son Tessin natal pour venir tenir boutique à Genève. Son salon -un quatre pièces-cuisine au centre ville- est aménagé comme n’importe quel appartement. Quelques tissus chatoyants ça et là, elle a tout de même osé les murs jaunes pétants dans la chambre du fond. “Je travaille avec mon corps pas avec mon cœur. Je ne fais pas l’amour, je vends des prestations, c’est très différent, il n’y a pas de place pour les sentiments ici. Il ne faut pas croire qu’un homme peut acheter une femme avec 200 francs, une femme, ça n’a pas de prix. ” Mise au point. “ J’ai toutes sortes de clients, des jeunes, des vieux, des moches, des beaux, des complexés, des riches, des fauchés et j’ai pas mal d’habitués. Certains ne viennent que pour le sexe, d’autres ont besoin de parler, moi je suis là pour leur faire du bien. Quand on pense pute, on pense aux films pornos. A tort ! La plupart des clients demandent des prestations basiques, rien de plus que ce qu’ils feraient avec leur femme à la maison!” Milena loue ses chambres 150 francs par jour à des indépendantes. Elles sont tenues de poser leurs propres annonces dans les journaux, d’être enregistrées à la brigade des mœurs et de respecter les tarifs en vigueur dans la maison. “Si elles se font 2000 francs dans la journée, ça ne me regarde pas. Mon but n’est pas de m’enrichir, je veux juste permettre à des filles de bosser dans de bonnes conditions. En général, elles préfèrent avoir une femme derrière elles plutôt qu’un homme.” On sonne à la porte. En bonne mère maquerelle, c’est toujours Milena qui va ouvrir. Anita, belle-de-jour Le pourcentage sur la passe est une pratique très répandue dans les salons helvétiques. Les femmes versent 30 à 50% de leurs gains au patron en guise de loyer. Anita en sait quelque chose, elle a commencé comme ça. “Impossible de refuser un client dans ces conditions, surtout quand le boss est un homme, il est toujours là pour te rappeler à l’ordre. Il ne te perçoit qu’à travers l’argent que tu lui fais gagner.” Sexy mais pas vulgaire, tout juste 21 ans, un CFC de commerce en poche, Anita se prostitue depuis deux ans. “En bossant bien, on peut gagner pas mal d’argent, plus que dans un magasin en tout cas.” La première fois ? “J’étais complètement crispée. Mon client a eu droit à 45 minutes de massage avant que j’ose le retourner et lui faire une fellation” se souvient-elle amusée. “Avec le temps, on s’habitue, on apprend à se blinder et à rester vigilante pour ne pas tomber dans les pièges de la profession. Drogue, alcool ou dépenses inconsidérées pour se déculpabiliser.” Après un premier baptême du feu, Anita décide de voler de ses propres ailes. Quelques mois comme escort –une escort se déplace et le sexe est tarifé à l’heure, non pas à la prestation-, elle ouvre ensuite son propre salon. “Je vivais sur mon lieu de travail, ça m’est très vite tombé sur le moral.” Depuis, la jeune femme a remis de l’ordre dans sa vie. “Je fais 4 jours pas semaine dans un salon. Je paie ma chambre, je viens à heures fixes et basta. Après le boulot, je passe à autre chose.” Côté services, Anita a posé ses limites. “Ni sodomie ni éjaculation buccale. Par contre, j’embrasse, pour moi ce n’est un truc intime. J’ai testé le SM, mais je n’arrive pas à rester sérieuse quand je dois donner une fessée à type à quatre pattes en train de manger dans la gamelle d’un chien… Il faut avoir une rage contre les hommes pour faire ça, ce n’est pas mon cas.” Quelques amis, -avec qui on ne peut jamais tout dire- et une famille au parfum qui ne la blâme pas. Il n’empêche, la solitude, c’est peut-être ce qu’il y a de plus douloureux dans le métier. Côté cœur, c’est carrément galère. Pas la peine de mentir, Genève est petit et tout se sait très vite. “Au début, ils acceptent, après ils finissent toujours par partir.” Encore faut-il arriver à établir une frontière étanche entre sa vie amoureuse et son boulot. “C’est difficile, mais je suis comme tout le monde, j’ai besoin de tendresse, d’affection, de relations normales quoi ! Et puis j’ai gardé mon côté fleur bleue, je crois encore au prince charmant !” Et à la fidélité ? “Non, certainement pas.” dit-elle en éclatant de rire. “J’ai envie d’avoir des enfants. Un mari… Bof. Pour le moment, je gagne plus de 8000 francs par mois et je mets de l’argent de côté pour pouvoir arrêter à 24 ans. D’ici là, je devrais avoir de quoi recommencer un bout de chemin ailleurs. Si je reste ici, il y aura toujours quelqu’un pour me rappeler mon passé.” 14h, Anita entame sa journée, elle finira à 20h ce soir. Lisa, escort girl Changer de ville, de cantons ou de pays, fuir les ennuis, le jugement et les regards méprisants, c’est le parcours de nombreuses prostituées. Depuis qu’elle a quitté Paris, Lisa peut exercer son métier comme bon lui semble. “Le système français est très hypocrite. Officiellement j’étais déclarée comme masseuse ou coiffeuse à domicile. À Genève, je suis enregistrée comme prostituée, je paie mes impôts et je n’ai pas de problème avec la police.” Veuve et mère de trois enfants, cette Suissesse de 30 ans travaille en solo et sur rendez-vous. Elle ne reçoit pas, elle se déplace à domicile ou dans des hôtels de luxe. 500 francs de l’heure ou 2500 francs la nuit, c’est le prix à payer pour un moment de volupté avec cette jeune escort. Un mari flambeur pas à cran sur ses activités, une fascination pour le sexe et l’argent, de jeunes enfants, il n’en a pas fallu plus pour décider Lisa à lâcher son travail de modéliste il y a dix ans. “J’ai choisi de vivre de mes charmes et si je continue, c’est parce que ça me plaît. Avec mes clients, la relation ne s’arrête pas au sexe. Je fais office de confidente et j’en connais souvent plus sur leur vie que leur propre femme.” Le client type ? businessman, marié, la quarantaine. Atteignable 24 heures sur 24 sur son portable, Lisa a toujours de quoi se changer dans la voiture, même si son chiffre d’affaires se fait surtout entre 22 h et 2 h du matin. “30% de mes rendez-vous sont des “ last minute ”, pour le reste c’est agendé. Genève est un lieu de passage et grâce à mon site Internet, j’ai des clients du monde entier.” Avec quelques rencontres par semaine et un déplacement à l’étranger de temps à autre, cette mère de famille gagne largement de quoi faire bouillir la marmite. “Il n’y a pas d’homme à la maison, juste une nounou à plein temps. Mes enfants, c’est toute ma vie et je suis comme toutes les mères, j’ai envie de leur offrir le meilleur. Avec mes horaires, je les vois plus que si j’étais salariée dans un bureau. Avant je les emmenais tous les matins à l’école. Depuis peu, j’évite d’y aller pour des questions de discrétion. Je ne me cache pas, mais ce n’est pas la peine de l’afficher, ça pourrait leur porter préjudice.” Ses enfants de 6, 10 et 11 ans sont dans la confidence. “Pour le moment, ils le vivent bien. Si un jour je me rends compte que mon boulot les fait souffrir, j’arrêterai.” Elégante et sensuelle à souhait, cette jeune femme dynamique a élaboré un véritable plan de carrière. “Je suis femme d’affaires avant d’être prostituée. Je ne vis pas au jour le jour et si tout se passe bien je devrais pouvoir prendre ma retraite à 45 ans.” En attendant, le devoir l’appelle. “Un client qui arrive d’Aix-en-Provence, je ne peux pas me permettre d’être en retard.” Lola* et Stasi*, fleurs de macadam Loin de l’atmosphère feutrée des salons et des cinq étoiles, la rue. Aux Pâquis, le quartier chaud de Genève, c’est pas la joie en ce moment. Depuis l’ouverture des sex centers, les régulières n’arrivent plus à tourner. “On n’a rien contre les filles qui travaillent à l’intérieur, le problème c’est qu’elles sortent racoler sur le trottoir. Elles cassent les prix et acceptent n’importe quoi. Pour les indépendantes comme nous, c’est la mort du boulot ! La concurrence fait partie du métier, mais il faut qu’elle reste loyale !” Appuyée sur la portière de la voiture garée devant l’immeuble où elle monte avec ses clients, Lola, la cinquantaine, ne décolère pas. Pour Stasi, sa voisine de bitume, l’heure du dépôt de bilan à sonner. “Je n’ai pas encore 40 ans et je vais devoir de me recycler. Il y a quatre ans, je pouvais me faire 800 francs en deux heures, aujourd’hui, si je fais une passe par jour, je peux m’estimer heureuse. En plus les clients marchandent ! Pour 100 balles, il faudrait accepter de faire ça sans préservatif, d’embrasser et de se faire sodomiser. C’est bien simple, y a plus d’éthique dans ce métier ! Plus qu’un choix, ce sont les circonstances de la vie qui m’ont poussée à me prostituer. Je suis prête à continuer, mais pas dans n’importe quelles conditions.” Lola, elle, survit grâce à ses habitués. “En sept ans, mes revenus ont sacrément baissé. Avant j’arrivais encore à prendre des vacances, maintenant c’est terminé. On doit être au moins 300 dans le périmètre, c’est beaucoup trop.” Entre les illégales, les transsexuelles, les frontalières et les Zurichoises qui n’ont plus le droit de tapiner sur les bords de la Limmat, le trottoir est quelque peu encombré. “Nous, on est “cartées” (enregistrées à la police) depuis des années, mais qu’est-ce que ça nous rapporte à part payer des impôts et l’AVS? Rien. Ici, vous pouvez bosser en toute illégalité, les flics ne viendront pas vous emmerder, c’est pas normal. Il faut arrêter de dire que ce sont les filles des salons ou les escorts qui nous font concurrence, c’est faux ! Nous n’avons pas la même clientèle. Le client de rue vient pour le sexe, pas pour causer. J’ai choisi ce boulot et je l’assume, mais il y a des règles à respecter et si ça continue, y aura plus de professionnelles comme nous dans le quartier” insiste Lola. “Je vous laisse, pour une fois que j’ai un client, je ne vais pas le laisser filer !” Michel*, client Ils sont très nombreux, mais pas très bavards. Selon différentes estimations européennes, 20% des hommes auraient recours occasionnellement ou régulièrement aux services d’une prostituée. Ils ont tous les âges et toutes les origines socioculturelles. A l’image de Michel, 42 ans, marié et père de trois enfants, le client, c’est monsieur Tout-le-monde. “J’aime le sexe et j’ai besoin de changer de tête. Je ne suis pas frustré à la maison, mais ce n’est pas parce qu’une épouse fait bien la cuisine, que ça nous empêche d’aller au restaurant…” Vu son appétit sexuel, Michel est plutôt bon client. “J’y vais pour un rapport, une fellation ou pour réaliser un phantasme, sodomie ou autre.” Salon, rue ou escort quand il voyage pour son travail de consultant, Michel trompe régulièrement sa femme depuis 20 ans. “Elle ne le sait pas. Elle s’en doute peut-être, mais je n’en ai jamais parlé. Tant que ça ne déborde pas sur notre vie de couple et que je n’utilise pas l’argent du ménage…” Avec une pute, le contrat est clair. On paie, on consomme, on s’en va. “Il n’y a aucun engagement, la démarche est anonyme et si elle ne nous convient pas, on va voir ailleurs.” Hors de question donc de prendre une maîtresse. “J’ai déjà une femme, je n’ai pas besoin d’en avoir une deuxième. Avec une maîtresse, il faut s’investir, la sortir, lui faire des cadeaux. Sans parler des risques ! Une pute ne vous téléphonera jamais le week-end, une maîtresse, si. C’est un tas d’emmerdes en perspective et en définitive, ça coûte beaucoup plus cher que de payer une fille.” Daniel, proxénète L’argent, l’élément central de la scène de la prostitution. En Suisse, le commerce du sexe profite à tout le monde et en toute légalité. Des tenanciers de bordel aux fournisseurs d’accès Internet, en passant par l’Etat qui perçoit les impôts et les journaux qui font leur beurre avec les petites annonces érotiques. Proche de la cinquantaine, Daniel, informaticien de métier, s’est reconverti voilà quelques années en patron d’agence d’escorts. La quinzaine de femmes et les deux hommes qui travaillent pour lui sont indépendants (loi oblige). Pas besoin de bureau, les escorts sont présentées sur Internet et les rendez-vous s’organisent par portables interposés. “Quel genre de femme désirez-vous ? À quelle heure ? Pour combien de temps ? Je vous rappelle dans 5 minutes.” La transaction se fait à voix basse sur la terrasse d’un café. Daniel épluche son agenda. “Tu peux te rendre à 17h chez un client ? Très bien, tu as de quoi noter l’adresse ?” Voilà une affaire qui roule. À 600 francs l’heure, la fille empochera 420 francs, Daniel 180. “Je paie les annonces dans les journaux et je prends 30% sur la passe”. La clientèle féminine étant quasiment inexistante, (deux demandes en trois ans), les boys de la maison sont homosexuels. Avant d’ouvrir son agence à Genève, Daniel faisait le même business en France. Condamné pour proxénétisme aggravé, il a préféré revenir dans son pays natal en sortant de prison. “En France, un mac c’est un salaud. En Suisse, tant qu’on respecte la loi, c’est presque une profession honorable.” Aucun état d’âme donc. “Je ne suis pas un exploiteur, je ne recrute que des volontaires. C’est une entreprise comme une autre. Je gère les rendez-vous 24h sur 24h, les femmes sont libres d’accepter ou de refuser. La plus jeune a 18 ans, la plus âgée 53. Elles sont pour la plupart célibataires, veuves ou divorcées, mais j’ai aussi des femmes mariées.” Au 17 boulevard Carl-Vogt à Genève Premier étage, la brigade des mœurs. 13 personnes et du boulot par-dessus la tête. “On s’occupe aussi des abus sexuels, les viols et la pédophilie sont en augmentation en ce moment” signale d’entrée Jean-Daniel Margairaz, le chef de la brigade. “Nous ne sommes pas là pour emmerder les prostituées. Notre rôle est de faire respecter la loi, maintenir l’ordre public et protéger les femmes si nécessaires, d’ailleurs quand elles ont un problème, elles n’hésitent pas à nous appeler. La loi Suisse est un assez bon compromis, bien que trop laxiste en matière de proxénétisme.” Ce qui suscite des inquiétudes pour l’avenir avec la libre circulation des ressortissants européens sur notre territoire. “La prostitution draine un environnement criminogène. On ne peut pas mettre sur le même plan un ouvrier qui arrive du Portugal avec une prostituée qui débarque de Marseille. Pour le moment le milieu est sous contrôle, mais on peut craindre le pire, l’implantation de réseaux maffieux et de trafics d’êtres humains, aujourd’hui inexistants à Genève.” Renforcement des effectifs et des contrôles, adaptation de la loi, le débat est ouvert. Jusqu’à présent, et malgré les mises en garde répétées des inspecteurs de la brigade, aucune mesure concrète n’a été décidée. Genève est le seul canton qui a clairement légiféré en matière de prostitution. Seules les personnes de nationalité suisse ou au bénéfice d’un permis C ont le droit d’exercer, elles doivent s’annoncer à la police et au département des finances et la prostitution de rue est interdite là où elle peut troubler l’ordre public. “Pour 80% des filles ici, c’est un choix. Le métier s’est banalisé, aujourd’hui on s’enregistre en tant que prostituée, comme on va boire un café” relève Bernard Jordan, aux mœurs depuis 1991. L’inspecteur ne cache pas une certaine fascination pour le milieu et le monde de la nuit. “C’est un univers complètement à part, magique par moments, glauque à d’autres. Quoi qu’il en soit, on n’est pas là pour juger. Avec nos conjoints, ce n’est pas toujours simple à gérer, hormis des horaires impossibles, ce ne sont pas les occasions qui manquent sur le terrain. Mais on n’a pas besoin de travailler aux mœurs pour tromper sa femme.” * prénom fictif Côté chiffres À l’Office Fédéral de la Police à Berne, les données sont limitées. “La prostitution n’est plus un délit, nous n’avons pas de raison de tenir des statistiques.” Reste des estimations. Début juillet on recensait 11500 prostituées en Suisse dont 5200 légales et 6300 illégales... Occasionnelles ou régulières, elles seraient 3000 à Zurich, 1000 à Bâle, 600 à Berne, 500 à Bienne, 500 à Lausanne et 500 à Genève. Des chiffres que l’on peut aisément doubler selon les travailleuses du sexe. La majorité des illégales proviennent du Brésil, de République Dominicaine, de Russie et d’Ukraine. Elles exercent pour la plupart dans les cabarets et profitent du visa de tourisme valable trois mois pour venir travailler en Suisse. La loi en bref
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La prostitution entre adultes
consentants est une activité lucrative licite. - Chaque canton est libre de légiférer ou pas sur la base de la loi fédérale. Livres “Histoire
d’une prostituée”, Clara Dupont-Monod, Ed. Grasset Fasquelle, 2003. |