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Un dromadaire sur l'epaule
Tchétchénie : une affaire intérieure, un
territoire interdit
Radio Suisse Romande - La Première
Un carnet de
route de Yannick van der
Schueren
Réalisation: Monsieur T / Production: Véronique Marti et Cyril Dépraz
Du 3 au 8 octobre 2005
Selon le Kremlin, il n’y
a pas de guerre en Tchétchénie.
Les dizaines de milliers de victimes
recensées depuis le début du conflit seraient imputables à une simple opération
de police menée au nom de la lutte mondiale contre le terrorisme. Avec ses 80
000 hommes encore stationnés sur ce territoire interdit aux journalistes
étrangers, Moscou entame sa septième année d’«opération antiterroriste» en toute
impunité. Le conflit se poursuit à huis clos, loin du regard des médias et de
celui d’observateurs étrangers. Usée par cette guerre sans nom et sans ligne de
front, la population tchétchène tente de survivre envers et contre tout.
Depuis cinq ans, Yannick Van der Schueren, journaliste indépendante, se rend
régulièrement et clandestinement dans cette petite république du Nord Caucase.
Ses carnets de route, réalisés au mois d’août dernier, nous plongent dans le
quotidien des habitants de Grozny en compagnie de Zara et de Lisa, deux jeunes
femmes animées de cette force de vie qui caractérise si bien le peuple
tchétchène et avec lesquelles elle partage une amitié de longue date.
Lundi 3 octobre Tchétchénie
: une affaire intérieure, un territoire interdit
Ce matin, Zara
décide de retourner dans les ruines de sa maison à Grozny. C’est la première
fois depuis la fin des bombardements. Sur le chemin qui traverse son quartier,
la jeune femme nous raconte ses souvenirs d’une enfance heureuse, le cinéma en
plein air, les films indiens, les allées de lilas, son école, et puis la guerre
qui a tout anéanti. De sa maison, il ne reste que quelques murs qui supportent
difficilement le toit dévasté. Plus de portes, plus de fenêtres, plus de
meubles, tout a été pillé. Au milieu des gravats, Zara repense à sa vie de
famille, à ses voisins, aux fêtes qu’elle organisait dans son jardin, elle
repense aussi à la mort de son père et à celle de son frère.
Mardi
4 octobre Tchétchénie : une affaire
intérieure, un territoire interdit
Grozny, «La Terrible» en russe,
ne se relève pas des bombardements massifs qui l’ont ravagée durant ces deux
guerres. Tout est détruit. Cette ville, considérée jadis comme la plus belle de
tout le Caucase du Nord, est devenue une cité fantôme où les habitants se
perdent parce qu’ils ne reconnaissent plus rien. Pas d’eau, peu ou pas
d’électricité, des routes défoncées toujours quadrillées par l’armée russe. Et
pourtant, la vie continue. Une pâtisserie à rouvert ses portes et quelques
restaurants, improvisés dans des maisons privées, ont repris du service. Ici, on
comprend vite qu’il ne faut pas passer à côté des bonheurs minuscules parce que
comme le dit ce qui est devenu un dicton tchétchène: «Maintenant on est en vie,
tout à l’heure on ne sait pas». Un dicton que Fatima, journaliste à la
télévision tchétchène, applique à la lettre. Elégante, dynamique et gourmande,
cette femme nous explique comment elle se débrouille pour vivre avec ses deux
filles dans son immeuble éventré par un tir de missile.
Mercredi 5 octobre
Tchétchénie
: une affaire intérieure, un territoire interdit
Des silhouettes qui
circulent en talons aiguilles une ombrelle à la main, de longues jupes
dangereusement fendues, des tissus aux couleurs éclatantes, des maquillages
raffinés, ces images surprenantes sont courantes à Grozny. Les femmes
tchétchènes sont d’une élégance folle. Etre belle, c’est leur façon de réagir à
la laideur de la guerre. Comme une majorité d’entre elles, Lisa nous avoue
volontiers transgresser les lois islamiques pour satisfaire sa coquetterie -tout
en précisant que «ces petits arrangements avec Allah» sont loin de déplaire aux
hommes. Séance d’essayage dans la boutique de Madina, créatrice et couturière
hors pair.
Jeudi 6 octobre
Tchétchénie :
une affaire intérieure, un territoire interdit
Elles
s’appellent toutes les deux Larissa, l’une est russe, l’autre est tchétchène,
elles n’ont jamais voulu quitter Grozny. Elles se sont connues dans les caves
d’un immeuble durant les bombardements. Aujourd’hui, elles vivent avec une
dizaine d’autres Russes rencontrés dans les mêmes circonstances. Les liens
tissés dans ces conditions sont indestructibles et dans leur immeuble délabré,
le partage et la solidarité fonctionnent à tous les étages. Qu’elles soient
russes ou tchétchènes, elles ne comprennent pas cette guerre.
Vendredi 7 octobre
Tchétchénie
: une affaire intérieure, un territoire interdit
Le nombre
d’enlèvements et de disparitions de civils en Tchétchénie ne diminue pas, au
contraire. «Certaines statistiques font croire à une amélioration, mais elles
sont trompeuses, car en réalité les habitants ont de plus en plus peur de
signaler les disparitions aux organes du ministère de l’intérieur, au parquet,
et aux organisations non gouvernementales » déclare Mémorial, une association
russe de défense des droits de l’homme. De nombreuses familles préfèrent se
taire par peur des représailles.
Malgré les risques, des femmes, mères
pour la plupart, manifestent régulièrement dans les rues de Grozny pour dénoncer
les disparitions, les enlèvements contre rançon, les arrestations arbitraires et
les exécutions sommaires largement pratiqués par les forces russes et les
milices tchétchènes prorusses. Si les hommes, tous considérés comme des
combattants potentiels, sont les premières victimes de ses exactions, les femmes
ne sont pas épargnées. Venu discrètement nous rejoindre dans notre voiture,
garée à proximité de la manifestation, un père de dix enfants nous raconte son
cauchemar. Sa femme a été tuée et son fils, amputé des deux mains à cause d’une
mine anti-personnel est porté disparu depuis 14 mois. Depuis, il le cherche jour
et nuit.
LES FORTS EN THEME
La Tchétchénie, digne et exsangue
Radio Suisse Romande - Espace 2
Reportage en Tchétchénie Yannick Van der Schueren
Réalisation: Bruno Seribat / Production: Martine Béguin
21 et 23 octobre 2005
En Tchétchénie, la guerre épuise les civils depuis onze ans. La population
survit dans une capitale en ruines, sans eau potable, dans des immeubles
éventrés que l'on ne reconstruit pas, faute de temps, de moyens. Il y a
pourtant, parmi les civils, chez les anciens, chez les femmes, une incroyable
force de vie. Malgré le stress, les nuits sans sommeil, les milices, la peur des
rafales et des enlèvements, et le bruit des tirs - irréguliers, mais permanent.
Yannick Van der Schueren se rend sur place régulièrement depuis cinq ans. A son
micro - micro caché le plus souvent - un homme, des femmes anonymes se confient,
évoquent la survie au quotidien. Des êtres dignes, qui puisent dans leurs
traditions, leur culture et leur passé d'infatigables résistants (plus de 300
ans de résistance à l'Empire!), sans doute, le courage de rester debout.
Un dromadaire sur l'epaule
Biélorussie, le dernier pays des Soviets
Radio Suisse Romande - La Première
Un carnet
de route de Yannick van der Schueren
Réalisation: Monsieur T / Production: Véronique Marti et Cyril Dépraz
Du 17 au 21 avril 2006
Le carnet de route en images
Que sait-on de la
Biélorussie ? Cette ancienne République soviétique de 10 millions d’habitants
située aux frontières de l’Union Européenne est une «Terra incognita». Et pour
cause. Dirigé d’une main de fer par l’ancien chef de sovkhoze Alexandre
Loukachenko depuis 1994, la Biélorussie ou Belarus -qui signifie Russie Blanche-
est une zone verrouillée.
Comment vit-on aujourd’hui dans ce pays qualifié de «Dernière dictature
d’Europe» par l’administration américaine ? C’est en compagnie de jeunes
Biélorusses, d’artistes et d’écrivain «maudit» comme Svetlana Alexievitch que
Yannick Van der Schueren tente de lever le voile sur cette partie du monde qui
cultive le secret avec autant de ferveur que ses champs de pommes de terre.
Lundi 17 avril
Manifs à Minsk
Dimanche 19 mars, le Président Alexandre Loukachenko est réélu avec 82% des voix
à l’issue d’un scrutin entaché de fraudes. Bravant les interdictions et les
menaces d’arrestation proférées par le dictateur, 10'000 personnes descendent
dans les rues de la capitale pour exprimer leur colère et contester ce score
stalinien. «Honte!», «Pour la liberté!» «Vive la Biélorussie!» «La milice est
avec le peuple» scande la foule à l’annonce des résultats officiels retransmis
en direct sur l’écran géant de la place d’Octobre, au centre ville. Parmi les
nombreux manifestants, Kassia, une jeune ingénieure de 25 ans. Musicienne et
fana de rock, un genre musical considéré comme subversif par le régime,
explique-t-elle.
Mardi 18 avril
Entre nostalgie
et modernité
A la fin de
la Deuxième Guerre mondiale, Minsk n’était plus qu’un champ de ruine. Ravagée
par les combats, la capitale est devenue un symbole pour toute l’URSS. Sa
reconstruction devait incarner la force et la puissance du système soviétique.
L’architecture stalinienne s’est imposée. Dans cette ville, tout est
gigantesque, les bâtiments, les avenues, les places, les statues. À proximité de
la rue Lénine (qui croise les rues Karl-Marx et Engels), le Goum, célèbre
magasin d’État, ne désemplit pas, le Mac Donald situé juste à côté non plus...
L’immense maison des syndicats abrite un casino, et le majestueux bâtiment des
officiers, un café internet. Tatiana, jeune étudiante biélorusse, nous guide
dans cette ville remplie de paradoxes.
Mercredi 19 avril
Censure
et résistance
De la
rédaction du journal indépendant « Beloruskaya
Delovaya Gazeta »
dit BDG, il ne reste que quelques bureaux et une poignée de journalistes. En
1992, lors de sa création, le journal occupait quatre étages et employait 144
journalistes. Asphxié financièrement et administrativement par le régime de
Loukachenko, la presse indépendante est en train de complètement disparaître du
paysage biélorusse. Fondateur, directeur et rédacteur en chef de BDG, Piotr
Martsev résiste, mais pour combien de temps encore ?
Svetlana Alexievitch, célèbre écrivain biélorusse et auteur notamment de « La
Supplication » un recueil de témoignages sur la catastrophe de Tchernobyl qui a
fait le tour du monde, est interdite de publication dans son pays. Elle nous
reçoit dans son appartement à Minsk où elle réside quand elle n’est pas en
tournée à l’étranger.
Jeudi 20 avril
Tchernobyl :
«J’avais 5 ans »
La
Biélorussie n’a pas de centrale nucléaire, mais c’est le pays qui a été le plus
touché par la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine. Le 26 avril 1986, le vent
soufflait en direction du nord, entraînant le nuage radioactif dans le ciel de
la Russie Blanche. La pluie des jours suivants a précipité plus de 70% des
isotopes radioactifs propulsé dans l’atmosphère par l’explosion du réacteur
numéro 4 sur le territoire biélorusse. Des milliers de gens ont été contaminés
et des centaines de villages ont été évacués, abandonnés, rasés et enterrés pour
les plus touchés. Aujourd’hui, en Biélorussie, 1,5 million de personnes vivent
encore dans des zones contaminées. 20 ans après la catastrophe, Tatiana, Dima,
Olga, Katia, Youri, André et Kassia, âgés de 25 à 28 ans, nous livrent leurs
souvenirs d’enfance.
Vendredi 21 avril
Apprentis comédiens
Une
vaste maison située à quelques kilomètres de Minsk accueille chaque année une
dizaine de jeunes francophones pour des cours de théâtre. 9 mois de stage
intensif organisés par «Demain le Printemps», une association née de la
rencontre entre des comédiens et metteurs en scène français et biélorusses. Les
55 heures de cours par semaine sont dispensées par des enseignants biélorusses.
Solfège, danse classique et contemporaine, musique, marionnette, claquettes,
escrime, technique du comédien, jonglage, ici on travaille autant avec sa tête
qu’avec son corps. Entre deux cours, Roland et Émilie, enchantés par cette
formation comme tous leurs camarades, nous racontent leur expérience et leur
perception de la vie en Biélorussie.
LES FORTS EN THEME
Tchernobyl, 20 ans après: le mal invisible
Radio Suisse Romande - Espace 2
Reportage en Biélorussie et en Ukraine de Yannick Van der Schueren
Réalisation: Patrick Lenoir / Production: Martine Béguin
28 et 30 avril 2006
Dans la nuit
du 25 au 26 avril 1986, le réacteur no 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl
explose suite à une série de dysfonctionnements techniques et d’erreurs
humaines. Une cinquantaine de tonnes de matière radioactive sont projetées dans l’atmosphère. Un territoire d’au
moins 140’000 km2 incluant un quart de la Biélorussie, une partie de l’Ukraine
et de la Russie est contaminé. Soit plus de trois fois la superficie de la
Suisse.
Des centaines de milliers d’hommes venus de toute l’URSS sont recrutés pour
venir combattre sur le front des radiations: on les appelle les "liquidateurs". Cette guerre menée à main nue
contre « l’ennemi invisible » fait des milliers de victimes. Fidèle à ses
traditions, Moscou coule une chape de plomb sur l’information. Les populations
concernées sont maintenues dans l’ignorance et tardent à être évacuées. Le reste
du monde est tenu à l’écart de la vérité.
Neuf millions de personnes vivent toujours sur ces terres irradiées. Vingt ans
après, les conséquences de la plus grande catastrophe de l’ère nucléaire civile
continuent à tuer. Pour les Forts en thème, Yannick Van der Schueren s'est
rendue ce printemps en Biélorussie et en Ukraine. Avec elle, au fil des
témoignages recueillis, des rencontres avec les experts, de la visite des lieux
contaminés, nous esquissons ce qui fait le présent et l'avenir de cette région,
victime aujourd'hui encore de ce qu'il a bien fallu considérer comme une catastrophe programmée.
DESERTS,
REVES HABITES
Soudan
Radio Suisse Romande - Espace 2
Reportage et commentaires de Yannick Van der Schueren
Réalisation et production: David Collin
28 et 30 juillet 2006
Extraits du reportage sur France Culture
Le reportage en images
Khartoum, capitale du
Soudan, Méroé, cité antique de Nubie, traversée du désert de
Bayuda, entre Atbara et le désert de Nubie. Un parcours ponctué
d'escales à la 6ème cataracte, à Chendy, à Merowe,
à Karima et au sommet du Djebel Barkal.
Si le Soudan est connu pour ses luttes fratricides et le conflit au Darfour,
c'est aussi un pays au passé prestigieux dont l'histoire rivalise avec celle des
pharaons d'Egypte. Cette contrée difficilement accessible a fasciné de nombreux
explorateurs, dont le français Frédéric Cailliaud en 1826 et l'italien Guiseppe
Ferlini en 1834.
C'est avant tout au nord du pays que nous nous
intéressons ici, une région désertique traversée par le Nil où de très nombreux
vestiges témoignent de l'antique civilisation nubienne. Entre autres, la
fabuleuse cité royale de Méroé, surnommée par certains "le jardin archéologique
du Soudan".
Ces déserts, loin du tourisme de masse, apprivoisés par des nomades, ne se
traversent pas impunément. Seul le tourisme de luxe permet pour l'instant de
découvrir ces contrées magiques. Une situation qui convient actuellement aux
archéologues et aux scientifiques nationaux soucieux de réguler le flux
touristique afin de préserver les sites historiques en cours d'exploration. Par
ailleurs, ces sites sont également menacés par la désertification et la mise en
service du grand barrage situé à la hauteur de la 4ème cataracte (les rapides du
Nil) près de la ville de Merowe.
Avec Le Dr Salah M Ahmed, directeur du Musée National de
Khartoum et des recherches archéologiques sur le terrain, professeur associé à
la Sorbonne.
LES FORTS EN THEME
La tauromachie, une culture, un art, la vie et l'âme d'une région
Radio Suisse Romande - Espace 2
Reportage de Yannick Van der Schueren
Réalisation: Didier Rossat / Production: Martine Béguin
8 et 10 septembre 2006
Le reportage en images
Nous avons
tous en tête des images de corrida. La muleta qui dans sous le nez du
taureau; l'habit de lumière du toréro qui affronte la bête le regard noir et les
reins cambrés; les Olé! de la foule.
Bien. C'est un début. Mais la tauromachie -que
l'on soit pour ou contre-
recouvre bien d'autres choses encore. Il y a du mythe là-dedans: car qui dit
taureau dit Minotaure, Apis, Mithra. Il y a du sacré aussi, dans ces ténèbres de
feu qu'incarne la bête, et qu'affronte l'homme sous le soleil cuisant des
arènes. De la cruauté, et de l'élégance.
Alors quand on se glisse dans les coulisses de ce monde-là, on rencontre
diverses façons de vivre cette seule et même passion: des éleveurs et
mayorals préparant les bêtes destinées à combattre, les aimant et les
redoutant à la fois. Les artistes, louant par les couleurs la beauté de la
fête. Les matadors, toréros, présidents de corrida... vivant et mourant parfois
pour cet amour-là. Et le public, festif, médusé ou effrayé par instants, déçu
parfois, mais toujours là. Alors l'été durant, on se dit que le pouls du Sud de
la France bat, pour bien des gens, au rythme de la corrida.
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