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Catastrophe nucléaire: 300 dollars, c'est le prix du "Tchernobyl Tour"...
Le Matin dimanche, le 23 avril 2006 Visite guidée: Vingt après la plus grande après la plus grande catastrophe de l’ère nucléaire civile, la visite de la centrale de Tchernobyl a pris place dans les catalogues touristiques ukrainiens. Reportage. Il suffit d’avoir plus de 18 ans et d’allonger 300$ pour participer à l’excursion. Avec le temps, le vilain cube de béton et d’acier s’est transformé en poule aux œufs d’or pour le gouvernement ukrainien. Et depuis plusieurs mois, les «Tours operators » affichent complet. Commémoration des 20 ans de la catastrophe oblige, des hordes de journalistes, de scientifiques et de politiques font le déplacement. Direction: la zone interdite, au nord de la capitale ukrainienne. Quelques minutes après le passage du premier poste de contrôle, le spectacle nous laisse sans voix. Un troupeau de chevaux sauvages broutent paisiblement dans un champ. Puis, c’est une famille de sangliers qui nous grille la priorité... «Certains herbivores qui se nourrissent d’herbes sèches ont été introduits ici pour limiter les incendies de tourbières et donc de nouvelles émanations radioactives» explique Maxime, notre guide attitré. Les nombreux autres animaux que l’on croise autour de la centrale ont spontanément réinvesti les lieux peu de temps après la catastrophe. L’absence de l’homme a transformé ce territoire en une étrange réserve naturelle, dans laquelle la faune et la végétation semblent relativement bien cohabiter avec la radioactivité. Point de loup à deux têtes, ni de phacochères à huit pattes à l’horizon. «Les animaux résistent beaucoup mieux que l’homme. Et comme personne ne les chasse, ils vivent même plus longtemps qu’avant!» rajoute-t-il. Des villages qui existaient à proximité de la centrale, il ne reste que des petits panneaux jaunes frappés du sigle «radioactivité». Considérées comme irrécupérables, des centaines de maisons ont été rasées, puis enterrées au même titre que les tonnes de matériaux radioactifs projetés dans les alentours par l’explosion du réacteur. A l’approche du site, les consignes sont strictes. «Quand je vous le dirai, vous arrêterez de filmer et de photographier.» L’œil de Moscou veille toujours et Maxime est là pour nous le rappeler. Au pied du sarcophage, le temps est compté et le cadrage est contrôlé. Secret défense ? Pas seulement. Ici comme ailleurs, il y a de la concurrence. Pour prendre des clichés sous un autre angle, il faut se repayer un tour avec un autre opérateur. Reste qu’il est fortement déconseillé de stationner dans le coin. Le dosimètre indique un taux de radiation 70 fois supérieure à la normale. Pourtant, 5000 personnes travaillent (sans protection) à la stabilisation du sarcophage pour permettre la construction d’une nouvelle carapace censée résister un siècle. A un jet de graphite radioactif, la ville de Pripiat. Dans cette cité soviétique modèle construite en 1970 pour les employés de la centrale, la vie s’est arrêtée le 27 avril 1986. Les 50 000 habitants ont été évacués après 36 heures de silence et sans explication. Un balluchon sur l’épaule, les gens sont montés dans les cars affrétés pour l’occasion sans savoir qu’ils ne reviendraient jamais chez eux. Contaminée par les poussières de plutonium, la ville fantôme est inhabitable pour les 24 000 prochaines années. Ce qui n’a pas empêché les moins scrupuleux d’entièrement piller les lieux. Le malaise s’intensifie d’immeuble en immeuble. Au seizième étage du bâtiment le plus haut de la ville, la vue sur le sarcophage est imprenable, mais le regard s’accroche sur les objets qui jonchent le sol. Le sentiment d’être en train de violer la vie de tous ces gens vous envahit. L’heure tourne et le programme n’est pas fini. 14h : «déjeuner écologique», (traduisez non radioactif) dans une cantine de la ville de Tchernobyl qui abrite 4000 travailleurs. Ce n’est pas l’appétit qui manque, mais seul Maxime a un franc coup de fourchette… Dernière étape: le contrôle des radiations. Véhicule d’un côté, passagers de l’autre. Rien à signaler, la course d’école est terminée.
Retour sur une catastrophe programmée Le 26 avril 1986 à 1 heure 24, le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl explose suite à une série d’erreurs humaines et de dysfonctionnements techniques. Une cinquantaine de tonnes de matière radioactive, l’équivalent de cent bombes d’Hiroshima, sont projetées dans l’atmosphère. Tandis que des centaines milliers d’hommes tentent de combattre les radiations, Moscou, fidèle à ses traditions, coule une chape de plomb sur l’information. Les populations tardent à être évacuées, le reste du monde est prié de ne pas s’en mêler. Aujourd’hui, le bilan des victimes ne fait toujours pas l’unanimité. Les chiffres oscillent entre 56 et quelques dizaines de milliers morts… |